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Permaculture

Théorisée et appliquée avec des résultats prometteurs depuis une cinquantaine d'années, la permaculture semble aujourd'hui donner quelques réponses et solutions pertinentes face à l'épée de Damoclès du changement climatique.

Tout repose sur le constat que, en quittant peu à peu les superstitions et en cherchant à comprendre les mécaniques du monde par les sciences exactes, nous avons oublié que nous sommes partie intégrante de ce que nous appellons, comme en opposition à nous mêmes, la nature.

Nous sommes aussi des animaux, dépendants de tous les autres organismes avec lesquels nous partageons la planète, qui n'est pas extensible et dont les ressources ne sont pas éternelles. La collaboration de tous les êtres vivants crée des systèmes équilibrés où chacun trouve sa place et sa part du gâteau. Plus la biodiversité est grande, plus le système est stable. Plus la biomasse est grande, plus il y a à manger pour tout le monde.

Les permaculteurs s'appliquent à laisser vivre et s'équilibrer entr'eux tous les êtres vivants dans leur diversité. Pour augmenter la biomasse, ils conçoivent des "forêts nourricières", partant du constat que l'arbre est un modèle de stabilité et d'intelligence, et que la forêt est la source de tous les bienfaits: hôte d'une multiplicité d'organismes et de leurs interactions, capacité de stocker et redistribuer l'eau, de climatiser la planète, captage du CO2, voilà seulement quelques atouts de la forêt parmi bien d'autres.

Un autre paramètre important de la permaculture est le postulat de ne pas agresser le sol en le retournant. Le retournement du sol correspond à une oxygénation forcée de la terre. Hors, cette oxygénation permet effectivement aux plantes de puiser plus facilement des nutriments, mais elle appauvrit au fur et à mesure la couche d'humus, habitat d'innombrables microorganismes et garant de la santé des plantes. Au lieu de retourner le sol, il est possible d'y entasser le plus de matériaux compostables possibles. Ils forment peu à peu la couche oxygénée qui permet la fertilité, se décomposent, protègent de la perte d'eau et d'engrais, et laissent se développer dans les couches plus profondes toutes les bactéries et les vers de terre, qui collaborent pour transformer les minéraux en éléments assimilables pour les plantes. Il en résultent des plantes saines, peu attaquées par les prédateurs, de grande qualité nourricière.

Une fois que l'on a pu constater les bienfaits de la permaculture sur le monde des plantes, on comprend vite qu'elle s'applique aussi bien sur nos modèles sociaux. Le partage, l'entr'aide et la réutilisation créative des matières fait émerger des systèmes stables et pacifiques et crée des richesses. L'abondance peut s'installer et remplacer la course au profit.

En pratiquant la permaculture à tous les niveaux, nous constatons rapidement que notre réseau social s'agrandit et que chacun peut trouver sa place et exercer ses talents.

Plus terrible encore que la faim et la pauvreté dans le monde est la misère individuelle quand nous nous croyons "seuls au monde". Nous savons tous maintenant que de nouveaux modèles de société doivent émerger pour ne pas sombrer. Certains disent qu'il est trop tard- d'autres, et surtout ceux qui ont des enfants, se plaisent à croire que les changements seront encore possibles à temps.

Quelle que soit notre croyance, et sans spéculer sur un futur avec ou sans les humains, il est possible de vivre pleinement le présent, de planter des arbres (les Australiens sont en passe d'en planter des milliards pour baisser la température du continent et retrouver de l'eau), d'être créatif et de s'intéresser à tout ce qui émerge pour aller vers des changements bénéfiques.